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Interview exclusif de Maman Sidoko

C’est depuis un bon paquet de temps que l’ensemble de la population de l’est de la RD Congo est sous le régime de la politique de la terre brûlée qui aura jusque-là écrasé tout un peuple, toute une région. Œuvre des pègres politico-militaro-maffieuses, cette situation ne pouvait pas laisser de marbre l’ONU qui a pour mission fondamentale de pacifier tous les pays membres.

 

Ainsi, après l’Allemand Martin Köbler arrivé fin mandat, il a plu à Ban Ki-Moon de nommer, le jeudi 8 octobre 2015, le Nigérien Maman Sidikou au poste de son Représentant spécial en RDC. Celui-ci occupait jusque-là les fonctions de Représentant spécial du Président de l’Union africaine pour la Somalie et Chef de la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM). M. Sidikou apporte une vaste expérience à son nouveau poste, avec plus de 25 ans dans les services nationaux et étrangers de son pays, l’Organisation des Nations unies et de l’Union africaine. Dans une interview accordée au magazine Grace Monde, le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies en RD Congo parle de sa mission…

« Ça parait vrai que nous sommes trop concentrés dans la partie est, où écument des bandes rebelles. Mais cela ne nous empêche pas d’intervenir ailleurs, comme par exemple récemment dans le Kasaï central »

Grace Monde : Bonjour, monsieur Maman Sidikou ! Pouvez-vous rappeler à nos lecteurs depuis quand vous êtes en RD Congo ?

Bonjour, monsieur le journaliste. Officiellement, cela fait exactement deux ans et sept jours, en tant que représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies en RD Congo. Mais, j’ai vécu ici de septembre 2010 à octobre 2011 en tant que directeur de Save the Children – Royaume-Uni. C’est donc un retour dans un grand et beau de l’Afrique centrale.

 

Vous représentez le Secrétaire général des Nations Unies en RDC, en succédant à Martin Kobler. Avez-vous une mission fondamentale ?

Oui, en tant que Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies, j’ai un mandat spécifique. Très spécifique défini par le Conseil de sécurité. Il s’agit d’accompagner la RD Congo dans le processus politique engagé depuis 2006 pour aller vers la démocratie ; de protéger les civils, non seulement à l’est du pays, mais partout au Congo. Ça parait vrai que nous sommes trop concentrés dans la partie est, où écument des bandes rebelles. Mais cela ne nous empêche pas d’intervenir ailleurs, comme par exemple récemment dans le Kasaï central.

Nous avons donc la mission de protéger tous les Congolais. Ainsi, comme dans la partie orientale du pays, nous appuyons les Forces armées de la RD Congo à traquer les rebelles Maï-Maï et autres bandes étrangères qui s’exercent à malmener les paisibles populations. Nous nous employons à rétablir une paix durable dans cette partie du territoire national. Il faut que ces populations se sentent vraiment protégées, sécurisées.

C’est-à-dire qu’elles aient accès au mieux-être, à la santé, à l’éducation, à l’alimentation, au loisir… Je pense ici particulièrement aux femmes, aux enfants et aux vieillards. Ainsi, nous travaillons de concert avec les autres agences des Nations Unies, telles que le Pam, l’Unesco, l’Unicef, la Fao, le Hcr… Je ne dirige pas seulement la Monusco, mais toutes les institutions des Nations Unies opérant ici. Ensemble, nous travaillons pour la sécurité, la protection et le développement. Sans ces trois acquis, il n’y aura pas de démocratie qui tienne la route en RDC. Actuellement, pour ne pas laisser les jeunes enfants à la portée de ce qui se passe du côté politique, nous nous employons à les encadrer. Pour ce faire, ici à Kinshasa, par exemple, précisément dans la commune de Ngaba, nous projetons de construire des terrains de football et de basketball. C’est un projet qui va coûter 50 000 USD. Pour les femmes, nous pensons beaucoup plus à l’eau potable. Nous avons un projet dans ce sens-là. Ce sera aussi une façon de protéger les femmes, en les regroupant et en réduisant les distances, à l’effet de les protéger contre les abus sexuels. En bref, nous avons la mission de protéger les populations, de les soutenir et de booster le développement en leur faveur.

 

Cela fait un paquet de temps depuis que vous êtes là pour cette mission. Si on vous demandait d’en faire un bilan…

En m’envoyant ici, le secrétaire général de l’époque, Monsieur Ban Ki-Moon, m’avait dit que la coopération entre Kinshasa et le secrétariat général des Nations Unies était moins bonne qu’avant. Il fallait donc reprendre langue et recoller les morceaux. De ce côté, je pense qu’on a réussi, parce qu’aujourd’hui notre collaboration avec les Forces armées de la RD Congo est fructueuse, car nous avons renoué le dialogue et repris la coopération, malgré des insuffisances sur le terrain dues aux équipements.

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