Culture

Maître Liyolo, le monument vivant de l’art congolais

SES OEUVRES D’ART TRÔNENT AU PALAIS IMPÉRIAL JAPONAIS, AU VATICAN ET AU BUREAU DU SG DE L’ONU.

Une évidence s’impose dans le monde artistique congolais. Maître Liyolo Alfred, qu’on ne présente plus, est une véritable icône. Il a à son actif plus de 4000 oeuvres. A 74 ans, il refuse de baisser les bras. Il se veut inoxydable jusqu’à son dernier souffle de vie. Sa renommée a traversé les frontières. Il est le premier artiste africain dont l’oeuvre est posée dans le Palais impérial japonais. Aussi, au Vatican et au bureau du secrétaire général de l’ONU à New York, on y trouve ses oeuvres. Il encourage les artistes congolais à la persévérance, à la créativité, au sérieux dans le travail, car, la RD Congo n’est pas seulement un scandale géologique, mais aussi un scandale culturel.

Avec Me Liyolo Alfred, l’ordinaire devient extraordinaire. Ses sculptures fascinent. On reste ébloui par le sens du détail : plis, veines, regards et mimiques sont si bien reproduits qu’on s’attend d’une minute à l’autre à voir ses personnages s’animer. Perfectionniste, il met des mois, voire des années, à terminer une oeuvre. Il ne ménage pas sa peine pour obtenir cet incroyable effet de vraisemblance. Il crée d’abord de petites maquettes. Il modèle, ensuite, ses créatures avec ses mains. Dans un entretien révélateur avec Grace Monde…

Bonjour maitre Liyolo, il est évident que vous n’êtes plus à présenter à un certain public. Mais la personnalité que vous incarnez voudrait que vous le soyez davantage. Pourquoi on vous appelle Maitre ?
Oui, c’est vrai que je suis très connu pour mes oeuvres par un certain public à travers le monde. Et on m’appelle « maitre » simplement parce que j’ai un diplôme de doctorat des Etudes artistiques et un diplôme de maîtrise en Sculpture monumentale. Je suis le premier maître congolais dans ce domaine.

Où avez-vous appris les arts ?
Ben, je suis né à Bolobo, en amont du Fleuve Congo, dans l’ancienne province du Bandudnu. Là il y a la forêt équatoriale avec ses éléphants, ses hippopotames. La population faisaient la chasse à ses pachydermes pour se nourrir et prenaient leurs cornes pour faire des petites oeuvres d’art. Il en est de même pour le bois. En 1882, les missionnaires protestants de BMS arrivent dans cette partie du territoire national, y trouvent une population douée en artisanat. Mon père, lui, taillait le bois et l’ivoire. Moi, j’étais là autour de lui, il y avait aussi trois ou quatre autres personnes qui travaillaient avec lui. Les arts pour moi, c’est du père au fils. Pour ne pas dire que c’est dans le sang.

Qu’est-ce qui a fait votre renommée dans le monde de l’art ?
Je crois que ma renommée est venue de ma volonté de pouvoir bien faire, de me faire plus excellent parmi les excellents, d’être le plus meilleur parmi les meilleurs. Ce, depuis mes études primaires que j’ai débutées en 1947 à Brazzaville. En revenant à Kinshasa, j’ai découvert l’école Saint Luc (aujourd’hui Académie des beaux-arts) en 1958. Je m’y suis fait inscrire après un test d’admission. En 1962, je termine mes études du degré moyen. A l’époque déjà, l’ambassade de Belgique octroyait des bourses d’études à ceux qui allaient faire la médecine, l’agronomie, les polytechniques, etc. Les beaux-arts n’étaient pas parmi les priorités. Et des amis partaient pour l’Europe. Comme je travaillais et vendais mes oeuvres d’arts devant l’ambassade de l’Autriche, j’ai pris connaissance avec le consul autrichien en 1963, je lui ai posé mon problème d’avoir une bourse d’études. L’Autriche est un grand pays culturel, mais la bourse pour les beaux-arts n’était pas prioritaire. Cependant, quelques mois plus tard, en complicité avec le consul, je me suis retrouvé à Vienne avec une bourse d’études agronomiques. Ce n’était pas du tout facile. Nos diplômes n’y étaient pas acceptés. On m’envoya à Graz, la deuxième province du pays, où j’ai été admis à l’école des arts décoratifs. Deux ans après, j’ai été le meilleur de la promotion. C’est ainsi que je serai retourné à Vienne où j’ai été admis après un test dans une école où Hitler a échoué ! Après cinq ans,j’ai décroché avec distinction mon diplôme de maîtrise en sculpture monumentale et Conservation des oeuvres d’art.

J’ai été retenu comme assistant de cette université. C’est là que j’ai connu la dame qui deviendra mon épouse. Mais je me suis dit que je dois rentrer au pays. En 1969, je rencontre le président Mobutu en Allemagne à l’issue d’une réception organisée par les étudiants congolais de l’étranger. On y était nombreux. Le chef de l’Etat nous demande de rentrer au pays. Et c’est ce que nous avons fait avec la ferme assurance d’obtenir du travail. Nous étions bien accueillis par les autorités congolaises et avions été engagés pour donner cours à l’ABA et par la suite, nous avons été appelés à des postes de responsabilités. Ainsi, j’ai été le DG de l’ABA. Mais cela ne nous a pas freinés à réaliser nos oeuvres d’art. Cependant, en 1991, lors des pillages de triste mémoire, mon atelier a été saccagé. Ma famille et moi sommes retrouvés à Vienne, où j’ai été obligé de créer un autre atelier et de donner cours à l’Académie des beaux-arts de Vienne. Puis quand le calme est revenu, j’ai décidé de rentrer au pays que j’aime tant.

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